Depuis que Wolfgang avait conclu une alliance avec le Ministère, Izaak avait le droit d'aller là où il voulait, sous condition de ne pas tuer les enfants. Les enfants, ces parasites. Ce soir là, il voulait voir Wednesday, sa fille. César lui avait dit non, une histoire d'image, de tête mise à prix. Tout le monde connaissait Izaak Solokoff, comme il était le plus grand criminel de son siècle, aussi cruel qu'insaisissable. Une sorte de monstre. Il avait plaisir à entendre des avertissements comme « ne sors pas dehors, ou tu croiseras Izaak! ». C'était comme s'entendre dire qu'il était un nouveau croquemitaine, un nouvel Egregor. Il faisait froid, mais Izaak n'avait plus de sensation depuis longtemps. Sa peau était glacée comme celle des morts, comme il avançait avec juste une longue chemise à carreaux, noir, bleu nuit et gris foncé. Un jeans noir, serré, renforçait cette impression de jeunesse de la part du loup garou. Izaak avait beau avoir huit siècles, il ressemblait encore à un gamin. Du haut de son mètre soixante quatre, on lui donnait seize ans au maximum, et encore. Les traits fins de son visage lui donnaient une apparence de quinze ans. Une peau bien pâle, un nom russe, mais un accent du moyen orient. Izaak Solokoff se disait hongrois, bien qu'il aurait préféré embrasser la terre arabe. Il fronça les sourcils. César venait de s'endormir. Le camp était calme. Il accrocha à sa ceinture ses trois katanas et s'extirpa du camp sans un mot. Izaak était petit, maigre. On voyait ses côtes, et sur sa peau, des dessins faisaient comme des arabesques inquiétantes. Ses yeux bleus brillaient. Il était prédateur. Il était plus que ça. Il était un monstre horrible, sans moralité, sans rien. Il avançait, suivant son instinct. Du bruit au loin et l'odeur de la chair fraîche. Il sauta sans difficulté le muret qui séparait la forêt interdite du parc, et avança calmement. Avec sa taille, Izaak aurait pu passé pour n'importe qui. La seule chose qui le trahissait était ses trois armes à la ceinture, mais sans ça, il ne serait pas sortit. Il était un monstre, et un monstre, on ne veut qu'une chose : lui tordre le coup et lui trancher la tête. Pas question de se laisser faire, et si même sans ses armes Izaak était fort, il préférait ne pas se salir à se transformer trop souvent. Il aimait cette idée de tuer en restant un homme. Ça soulignait bien l'horreur dont été capable les hommes, non? Il avança encore, et en entendant griser l'herbe sous les pas d'un inconnu. Il soupira et monta dans un arbre, se perchant sur les hauteurs d'une branche moyenne. Comme il était léger et petit, il passerait inaperçu, sauf si c'était également un loup en bas. Un instant, il eut l'espoir que ce serait sa fille, qu'elle aurait l'instinct de le sentir venir, mais l'odeur plus virile, loin du parfum sucré, le renseigna vite : il avait à faire à un garçon. Soit. Mais qu'il reparte vite. Izaak fronça légèrement les sourcils.
« Tu as beaucoup de courage petite fourmi. Tu es encore debout, encore vivante alors que le froid est là. J’espère seulement pour toi que tu n’es pas la seule survivante de ton espèce ici. »
Il eut un sourire amusé. Une fourmi. Une simple fourmi? Il balança ses pieds dans le vide, penchant un peu la tête, l'observant. Quelle genre de personne pouvait bien se soucier de la vie d'une toute petite fourmi? Il attendait, calmement, filtrant le moindre de ses mouvements. Il aurait pu sauter, écraser cette fourmi, la tuer. La prendre entre ses doigts et lui arracher la tête... Mais non. Car elle finirait par mourir avant l'arrivée de la nouvelle saison. Izaak resta silencieux pourtant, comme il ne voulait pas briser ni la fourmi, ni l'enfant.
« Qui que vous soyez, montrez vous. »
Silence.
… Izaak eut un sourire amusé et moqueur à la fois. Les hommes ne voient pas avec leur yeux, ni avec leur coeur. Ils ne voient rien. Ils sont aveugles dans ce monde, car ils font trop attention à ce qui est devant eux, et trop peu pour remarquer ce qui est en dessous et ce qui est au dessus. Le lycanthrope aurait pu décider de se taire, de partir, mais c'était trop peu digne de lui. Il se laissa tomber de l'arbre, se rattrapant sur ses jambes, un peu plus loin. Il s'étira. Les trois armes à sa ceinture étaient visibles, mais ce n'était pas ce qui était le plus dangereux à voir : il n'y avait qu'à regarder son visage pour se rappeler de l'affiche qui le montrait en ville, riant aux éclats. Montré du doigt comme un fou furieux. Quelle ironie, pour un extra-lucide.
« Tu ne regarde pas. Tu regarde mal. » Izaak souffla. « Il ne sert à rien de la nourrir. Elle va mourir, dans quelques jours. Ce que tu fais ne sert à rien. Tu es inutile. »
Vu le ton, monocorde, on aurait pu croire que Izaak était ennuyé. Il y avait un peu de ça. De ça, et surtout une réflexion plus grande derrière. Les faits inutiles ne servaient à rien, et c'est pour cela que Izaak ne fait jamais rien qui n'est pas d'importance. Il regarde l'enfant, puis la fourmi. Il n'a pas besoin de lui demander son nom. Il sait ce qu'il y a à savoir. Regard autour d'eux. Ils sont seuls.
« Tu devrais rentrer avant qu'il soit trop tard. »
C'est l'heure. Mais l'heure de quoi?